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Jeancristophe, tu joues ta vie en chansons, c’est toujours tout rose ?
Merci pour ce mot, tu « joues », car oui, il s'agit bien de cela, un peu comme un enfant qui joue de ce qui lui tombe sous la main. Maintenant que je suis grand (j'ai 17 ans, âge officiel), les jouets ont évolué, j'ai fait des tas de découvertes, dont certaines font très mal, mais je continue à en jouer. Quant au rose, disons que c'est la couleur du regard que j'ai choisi de porter sur les éclats de vie que rassemble cet album. Et c'est aussi la fleur, qui symbolise entre autre la renaissance.
Musicien, direct et drôle comme Gainsbourg, comme lui tu trouves facilement les mots qui touchent ?
Merci pour ce rapprochement ! L'expression de sa sensibilité, sur le fil, entre fragilité et hauteur, à la frontière parfois entre subversion et provocation, aux confins du « trop », reste pour moi un modèle. C'est dans ces confins du « trop » que j'aime évoluer, quand quelque chose en moi commence à vouloir résister. Si ça résiste, c'est qu'il y a une possibilité d'ouverture vers quelque chose de neuf, d'inconnu. Et quand une porte s'ouvre, alors oui, les mots viennent facilement, directement... Et même le tragique alors est jouissif, et prend des formes truculentes. D'où peut-être ce côté drôle ?
Ton expression est poétique, légère, suggestive, surréaliste, que dirais-tu d’autre ? Disons que j'espère être juste.
On te sent libre dans la forme de tes chansons, c’est pour être plus efficace ?
Je n'ai pas d'obligation à écrire ou à composer. Quant à l'efficacité, c'est plutôt pour moi un souci de réalisation que de création pure. La source d'où jaillit le courant, c'est le besoin d'ex-primer une impression qui fait pression. J'essaie juste de ne pas faire obstacle à ce qui se trame à mon insu, et de découvrir au final ce que j'avais à dire (phase de dé-pression – rires –...) D'où peut-être cette liberté.
Jeux de mots, jeux de notes, tu les transperces tous et toutes ?
Vous jouez aussi semble-t-il (rires). Je ne sais pas si on peut vraiment parler de jeux de mots. Disons que beaucoup de mots sont ambivalents, surtout quand on les entend sans les lire ; et j'aime ce moment où un sens parallèle commence à s'échapper du texte, une sorte de langage des oiseaux. J'essaie de faire en sorte qu'il y ait des brèches, des interstices d'où peut jaillir l'inconnu. C'est la même chose avec les notes et les sons, souvent en décalage avec les mots. Il n'y a pas de chemin à suivre, juste des pistes. (Voir aussi chronique CD La vie en rose)
www.mavieenrose.biz
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Propos recueillis par Annie Griolet
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