| Philippe Séranne |
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C’est le tiraillement entre l’intérieur, l’intime, la rencontre avec soi-même et ceux que l’on aime, et l’extérieur, le planétaire, l’engagement, la révolte et les grands idéaux. Ça m’amuse de dire qu’en tant que saltimbanque, par essence léger, frivole et farceur, je me suis fait mondialiser jusqu’au cou, happé par le monde, sa gravité, sa souffrance et sa beauté. « Pieds nus et mains dans la boue », tu nous livres un monde poétique bien singulier, prophétique et vertigineux. La solidarité plané-taire tu y crois ? Le monde est un grand bazar avec plein de recettes épatantes à tous les coins de rue, des gens qui s’étripent, d’autres qui soignent et réparent, et oui, au milieu du morcellement général je vois vraiment des solidarités. Et puisqu’on s’est fait voler la « mondialisation » par les champions du tout pour soi, autant aller à l’essentiel : au 21eme siècle, l’union de l’humanité est à notre portée. Je sais bien qu’à travers le petit prisme médiatico-dépressif français ça fait doux rêveur, mais franchement, comment avancer aujourd’hui sans croire en l’homme ? Ton univers puise dans des expériences humanitaires je crois, tu peux nous raconter ? J’ai effectivement un autre métier, qui me vaut quelques grands moments de confrontation avec la barbarie et l’irresponsabilité, ça secoue aux tripes et à ce moment donné le trop-plein pousse au cri. Mais mon écriture se nourrit aussi d’événements de vie plus personnels, de rencontres, de départs. Tu as été à l’école du chant lyrique. Ta voix désarçonne, envoûte et cela ne t’empêche pas de sortir des sentiers battus. Je manquais de couleurs. Le travail de la voix est une exploration du souffle, du corps, de la chair, où il faut désapprendre, libérer, démanteler ses résistances : cela peut aider à chanter avec sincérité. Une chanson est une histoire que l’on écrit pour toucher au plus profond ; sans sincérité on n’atteint pas le cœur. Cette belle production mérite maintenant une rentrée parisienne. Tu as des projets ? Partir à la découverte de mon public ! Je me sens une soif de rencontre intarissable, peut-être parce que je me suis retenu quinze ans avant de réussir à tout déballer. Je prépare une tournée d’hiver, je suis invité comme artiste associé du Fourmidiable dans mes lointaines Alpes du Sud, je poursuis ma collaboration avec le dessinateur Johan Troïanowski, j’ai la tête qui pétille et le piano qui chauffe… Propos recueillis par Didier Desmas |
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