| Les Trois Baudets, entretien avec Julien Bassouls |
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Mon statut, c’est directeur des Trois Baudets. Je m’occupe d’une SARL qui s’appelle Raffut et qui gère un contrat avec la Ville de Paris. Cela s’appelle une délégation de service public. Cette délégation est assortie d’un certain nombre de contraintes et d’obligations d’activités, non rentables ou non lucratives, qui concernent la chanson et les jeunes talents de la chanson francophone. En contrepartie, je perçois ce qu’on appelle une compensation financière. Je suis bien directeur des Trois Baudets, mais l’établissement appartient à la Ville. Il s’agit bien d’un établissement culturel de la ville de Paris. Quel a été ton « parcours du combattant » pour en arriver là ? Il y a eu un appel à candidature. 14 candidats y ont répondu. C’est une procédure de service public, encadrée par la loi Sapin, qui porte sur le montage et l’instruction des dossiers. Il y a eu une première sélection de candidats. Huit ont été retenus dans un premier temps. A partir de là, on m’a remis un « dossier de consultation », autrement dit un cahier des charges qui recense l’ensemble des missions : le jeune public, les actions artistiques et culturelles, les jours d’ouverture, la tarification, la commercialisation, les partenariats, le « réseautage », le positionnement, la communication… Après remise de ton dossier, tu entres dans la troisième étape de la procédure : il y a trois oraux à passer, l’un porte sur l’artistique, l’autre sur l’administration et le troisième sur la commercialisation. On entend par « commercialisation » ce qui se rapporte à la partie bar et restaurant. On avait fait un très beau dossier, très costaud. Au final, ils ont considéré que j’étais le plus apte à assumer la fonction. Je pense aussi que mon profil de producteur a joué en ma faveur, parce que ça fait presque 20 ans que je suis sur le terrain… Pour les connaisseurs, ton nom est associé à Life Live et aux débuts de gens comme La Grande Sophie, Louise Attaque, Sanseverino, Java et quelques autres… Tu peux nous résumer ce trajet ? C’est celui d’un acteur associatif, d’un militant de terrain qui rencontre des artistes en mal de produc-teurs de disques ou de scène et qui commence à s’occuper d’eux… De quelqu’un qui a rencontré des difficultés et qui, au fil des années a réussi à faire vivre une « assoce » de développement de carrière, à visées purement artistiques, avec des projets complètement atypiques. J’ai toujours été du côté des artistes. Je n’ai pas fait fortune dans le domaine, mais je continue à défendre une certaine scène, indépendante, libre, et un peu insolente, parfois. Le nom, la légende des Trois Baudets ont-ils pesé dans tes motivations ? Sans aucun doute. Bien sûr, il y a longtemps que j’avais envie d’avoir un lieu, parce que j’ai souvent fait marcher les lieux des autres et c’est quand même un peu frustrant. Mais, ce qui est marrant, c’est qu’il il y a une douzaine ou une quinzaine d’années, quand les Trois Baudets étaient menacés de démolition, je faisais partie des gens qui disaient : « Attention ! Les Trois Baudets, c’est là qu’ont commencé presque tous les grands noms de la chanson ! On a besoin de cette salle, on a besoin des petits lieux. La mairie doit se positionner etc. » De même que Life Live s’est beaucoup mobilisée pour sauver le Zèbre de Belleville, ou pour aider le Limonaire… Quant aux Trois Baudets de Jacques Canetti, c’est vrai que je ne connaissais pas plus que ça, mais je me suis documenté… Ce que j’aime bien chez lui, c’est de savoir qu’il s’acharne sur des artistes qui ne cartonnent pas en une semaine. Ça, ça me plaît, ça me ressemble. Miser sur un artiste en sachant qu’il faudra des années pour que ça marche… La Grande Sophie, on a mis dix ans pour qu’elle arrive à vivre à peu près de sa musique. Construire une carrière, c’est toujours aussi long, ça ne va pas plus vite qu’avant, même à l’ère du haut débit. Et puis, une carrière d’artiste, ça se construit sur scène. Les artistes ont besoin de travailler pour s’affirmer, pour grandir dans de bonnes conditions. Ça, ça n’a pas trop changé. J’aime bien le côté « On n’abandonne pas ! » Mettre le temps qu’il faut pour faire connaître au grand public des gens intéressants, ça me ressemble, effectivement. Les gens mettent souvent un certain temps à comprendre. Un artiste comme Imbert Imbert, par exemple, tout le monde ne comprend pas tout de suite que c’est vraiment intéressant, ce qu’il fait. Alors, bien sûr, on va programmer Imbert Imbert… Mais petit à petit. Il finira par aller au grand public quand même, ce garçon, parce qu’il a un vrai propos. Il a une chanson assez étrange, assez moderne. J’aime bien prendre cet exemple-là, parce que tout le monde n’est pas fan tout de suite d’Imbert Imbert. Je sais bien que les artistes que nous allons programmer ne rempliront pas toujours la salle. J’ai le droit de prendre des risques. Grâce à ma compensation financière, je n’ai pas l’obligation d’être tout le temps « aux taquets », de faire tous les soirs 250 payants parce qu’il y a 250 places. Un chanteur « à contrebasse »… Je sais que tu as aussi un faible pour Katrin’ Wal(d)teufel, une chanteuse « à violoncelle »… Oui, je l’aime bien, elle aussi. Elle fait partie de ces artistes que je repère, souvent, dans les petits lieux. Ces petits lieux qu’on va essayer d’inviter, aussi, à habiter les Baudets assez régulièrement. J’ai envie qu’ils puissent venir faire des programmations ici. Souvent on dit que c’est pas terrible ce qu’ils font, parce que ça se passe dans un petit café… Mais c’est pas vrai : leurs artistes sont formidables. Nous, à Life Live, on nous disait : « Oui, mais vos groupes, ils ne sont bons qu’à jouer dans les bars ! ». Ces petits lieux, tu leur donnes une carte blanche, tu vois leurs artistes sur une jolie petite scène… En fait : ils sont magiques, leurs artistes ! La programmation des Baudets : univoque ou collégiale ? Elle est collégiale parce que nous avons énormément de projets… Moi, j’aime bien programmer en ayant vu. Je me suis toujours méfié du disque pour deux raisons : parfois le disque est super et le spectacle n’est pas bon, d’autres fois le disque est complètement « armoire » et le spectacle est très bon. En ce cas, ce serait dommage de ne pas programmer puisqu’on fait du spectacle. Parfois même, il n’y a pas de disque du tout. Le meilleur exemple que j’aie en tête, ce sont Les Sea Girls. Cela fait à peu près trois ans que je bosse avec elles. Elles n’ont pas de disque et on avait beaucoup de mal à les faire tourner. Je leur ai dit on s’en fout, ce qu’il faut faire c’est des dates ! A l’époque, on en a fait 24 au Divan du Monde et là, on enchaîne avec plus d’une soixantaine de concerts à La Nouvelle Eve. Des concerts qui génèrent eux-mêmes des concerts à l’extérieur, en contrat de vente, en quelque sorte, chez les acheteurs du réseau. Et tout ça, sans disque ! Pour en revenir à la programmation des Baudets, nous sommes cinq : votre serviteur, donc, Catherine Guernet, ma directrice adjointe, ma responsable des « plateaux Baudets ». Puis j’ai mes deux actionnaires qui participent aussi au bureau artistique. On se réunit le jeudi, en général, et on discute de ce qu’on a vu, de ce qu’on reçoit en disques, de ce qu’on écoute sur Internet. Un mot sur les « plateaux Baudets », peut-être ? Nous commercialisons des plateaux vers l’extérieur. Nous les proposons aux festivals, aux salles, à l’international. Ce sont, en général, des artistes qui n’ont pas d’album. Nous nous servons de l’image de marque des Trois Baudets. A Bruxelles, où nous avons inauguré la formule, tout le monde connaît les Trois Baudets, tout le monde sait que Brel y a fait ses débuts à Paris. L’avantage de cette formule est qu’on peut placer des artistes quasiment inconnus dans de gros festivals. Le public tombera-t-il amoureux des Trois Baudets du vingt et unième siècle ? La recette la plus simple, je pense qu’elle est dans l’accueil. Ici, pas mal de gens ont bossé avec moi sur différentes productions. Nous n’avions pas de salle. Ici, c’est une salle et il faut savoir sortir des bureaux, être au service des gens qui viennent vers nous : le public, les copains, les nombreux chanteurs et chanteuses qui viennent poser des questions. Tout le monde doit se sentir le bienvenu, ici. Nous misons beaucoup sur le côté sympa-thique, décomplexé, chaleureux et amical des Baudets… Qu’ils soient pour les artistes un lieu de professionnalisation et qu’il y règne un esprit « fiesta » !
Propos recueillis par Jacques Perciot |
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