| Mouron |
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Mon envie de chanter se porte bien ! Il y a pas mal de choses nouvelles, ce qui constitue une bonne émulation. Il n’y a rien de pire pour un artiste que de ronronner, c’est bien connu. Cela ne risque pas de m’arriver avec le spectacle Brel, Quinze ans d’amour… Parce que j’ai tout le temps l’impression de progresser, toujours le sentiment qu’il y a quelque chose de nouveau qui vient de s’éclairer. Les choses deviennent de plus en plus limpides. Je ne trouve que passion, progrès et découvertes, dans ce spectacle. Chanter Brel, c’est, évidemment un défi… Nous y reviendrons, mais le spectacle Les chansons du Paradis, c’en est un autre, pas vrai ? Oui, c’est un spectacle où je suis entourée d’artistes aériens. Je suis bien consciente de la difficulté de ce genre de spectacle. J’ai vécu une expérience un peu similaire il y a quelques années avec Doubles d’âmes. Mélanger le visuel et l’auditif, c’est très très dur. J’essaierai de ne pas faire les mêmes erreurs que la dernière fois. Parce qu’on fait toujours des erreurs dans un spectacle. Je sais à quel point le visuel a tendance à prendre le pas sur l’auditif. Il s’agit de trouver l’harmonie, la cohérence entre les deux. On a déjà joué ce spectacle en Allemagne, on en a retiré quelques enseignements. A Paris nous allons essayer de trouver le rythme définitif. Toi-même, tu t’envoles, physiquement, dans ce spectacle. Ça fait quel effet ? Moi, au départ, je suis assez froussarde. Je suis, comme beaucoup de gens, sujette au vertige. Très curieusement, je me sens bien, dans les airs, je n’ai absolument pas peur. Autant j’ai pu avoir un peu peur en répétition, autant sur scène, avec la concentration, la peur est quelque chose qui s’évade, qui s’envole, qui s’évapore. Et puis quand cela se passe dans une salle de type « à l’Italienne », c’est assez extraordinaire de chanter à la hauteur du premier ou du second balcon ! On a vraiment l’impression de voler. Je m’étais dit que les harnais qui nous portent ne serrent qu’au niveau du bassin, que cela laissait la colonne d’air libre et qu’il devait donc être possible de chanter dans ces conditions. Mais c’était vraiment pour m’amuser, pour voir ce que ça donnait. Je pensais que cela allait me bouffer mon énergie et, au contraire, cela m’en donne. Alors oui, c’est un spectacle dans lequel je m’envole ! Si tu nous racontais comment tu exerces ton métier de chanteuse.. Je vais essayer d’être la plus honnête possible dans ma réponse. On fait ce métier parce qu’on gagne sa vie avec, il ne faut jamais oublier ça. Par les temps qui courent, on pourrait être tenté, sans aller jusqu’à faire n’importe quoi, de faire des concessions pour pouvoir travailler. Moi j’ai la chance d’avoir toujours été protégée de ça. Je n’ai jamais eu à faire des choses que je n’avais pas envie de faire. Comment j’exerce mon métier de chanteuse ? J’ai envie de parler d’une scène de Molière d’Ariane Mnouchkine… Une scène très émouvante. Celle où Madeleine dit au revoir à Jean-Baptiste. Il ne le sait pas, mais elle va mourir, elle-même le pressent. Au moment de se séparer, elle lui dit : « On s’est bien amusés ». C’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée. C’est peut-être un peu naïf ce que je vais dire, mais pour moi, ce métier, je n’ai jamais perdu de vue qu’on le fait pour s’amuser. J’ai cinquante ans et j’ai la chance de continuer à m’amuser. Et j’espère que je vais m’amuser encore. Voilà ce que j’ai envie de te répondre. A tes débuts, dans la troupe du Big Bazar, vous vous amusiez bien, déjà ! Absolument ! Je crois que ce que les gens on pris en pleine gueule à ce moment-là, c’était cette envie fabuleuse que nous avions de nous amuser, comme des enfants. C’est vrai que j’ai gardé ça en moi. En dehors de ça, pour répondre encore mieux à ta question, on me dit des choses, quand je sors de scène. Un ami m’a dit un jour « Tes chansons sont thérapeutiques », c’est pas mal ! Pour moi ça a été l’un des plus beaux compliments qu’on m’ait fait. Donc, en dehors de mon plaisir personnel, tant que j’aurai le sentiment que j’apporte quelque chose, ne serait-ce qu’un peu de rêve, un peu d’émotion, un peu d’oubli, j’aurai envie de chanter. Je pense que si je n’avais pas chanté, je serais devenue toubib, ou infirmière. J’aurai soigné. Ce métier, j’ai envie de le faire comme ça : de petits pansements, des choses qui font du bien. Une de tes singularité est d’avoir conquis le public allemand, comment cela s’est-il passé ? Je ne suis jamais allé chercher le public allemand. C’est lui qui est venu à moi. Je me suis retrouvé dans cette situation assez cocasse d’avoir une carrière plus importante dans un pays qui n’était pas le mien, tout en continuant à faire ce que je sais faire : chanter des chansons en français… Et devant un public qui, à 90%, ne comprenais pas le français ! Au départ, je pensais que ça allait beaucoup me frustrer parce que, évidemment, je suis un auteur et que j’aime les chansons d’auteur. Eh bien non, je me suis rendu compte que même si le public ne comprend pas les mots, ils passent. Par un biais sans doute un peu magique, un peu mystérieux. Quand on chante devant un public exclusivement francophone, on aurait tendance à perdre de son lyrisme sur le plan musical, à devenir un peu trop « parleux ». En Allemagne j’ai tout de suite pensé : « Ces gens ne te comprennent pas, donne-leur de la musique ». Parle-moi du tandem que vous formez avec Terry Truck… Ton pianiste… Depuis ? Depuis quinze ans… Quinze ans d’amour ! J’ai envie de le décrire comme un merveilleux pianiste et un merveilleux… Fauteuil ! Il me donne envie de chanter, sa musique m’inspire, inspire la chanteuse que je suis. Avec lui à mes côtés, je me sens en complète sécurité. Je n’avais jamais ressenti ça avec d’autres musiciens. Sur scène on a tendance à vouloir tout contrôler, à avoir les yeux et les oreilles partout. Avec Terry, je lâche la bride. Nous sommes des partenaires, des duettistes, deux alpinistes qui peuvent compter l’un sur l’autre à égalité. Je pense que cette osmose est tangible quand nous sommes en scène. Etre chanteuse, en 2009 et « s’attaquer » à Brel, ça n’a rien d’évident, dis-moi… Je pense que ça ne le sera jamais, d’ailleurs, à tous les niveaux. C’est Terry, dont nous parlions à l’instant qui m’a poussée dans cette aventure. Moi, je n’aurais jamais eu l’idée, le souhait de le faire. C’est donc grâce à lui et grâce à l’Allemagne, parce qu’on ose faire des choses ailleurs, qu’on n’oserait pas faire dans son propre pays. Il m’a dit « Le prochain spectacle que nous allons faire, c’est un spectacle Jacques Brel »… La panique ! Nous l’avons donc joué en Allemagne et puis on s’est dit qu’on pourrait peut-être le jouer aussi à Paris… Mais on pensait qu’on allait le jouer deux fois ! Finalement, c’est le spectacle qu’on a le plus joué, jusque-là, tous les deux. Le public français est particulièrement sceptique, méfiant. Il a tendance à se dire : « Tiens… Qu’est-ce qu’elle va nous faire, celle-là avec Brel, est-ce qu’on ne va pas s’emmerder ? ». C’est un public qu’il faut apprivoiser et à chaque fois, c’est avec cette idée que je rentre en scène. Parce que ce sont, pour la plupart, des amoureux de Brel qui viennent nous voir. Il y a aussi des extrémistes, des ayatollahs de Brel ! Bon, sans vouloir être prétentieuse, jusqu’à présent, on a remporté haut la main ce challenge. J’ai entendu des choses très belles de la part de gens qui avaient vu Brel sur scène. C’est vrai que la moyenne d’âge est plutôt élevée. J’aimerais qu’il y ait plus de jeunes dans la salle. J’espère que ce sera le cas à Paris. S’installer sur la durée peut aussi servir à ça. Parce que c’est un spectacle pour jeunes, Brel s’adresse à des gens jeunes, des gens qui sont au début de leur vie. Il a parlé à l’adolescente de 12 ans que j’étais, je me dis qu’il peut très bien parler à d’autres, encore aujourd’hui. Je ne veux pas m’adresser qu’aux nostalgiques. J’ai envie de faire des petits nouveaux. Rien ne me fait plus plaisir qu’un adolescent qui vient me voir pour me dire « Maintenant je vais écouter les chansons de Jacques Brel », ou : « Je comprends mieux, maintenant, la force des chansons de Jacques Brel »… Parce que ces chansons sont faites pour être chantées sur scène. C’est comme ça qu’on les reçoit de plein fouet. Brel s’invite-t-il, certains soirs, dans la salle ? C’est une bonne question. J’aurais envie de dire qu’il s’invite plus sur la scène que dans la salle. Il est là tout le temps, de toute façon. Mais, certains soirs, je peux le ressentir très fort à travers quelques mots que je chante. Quand je dis « Jef, t’es pas tout seul », par exemple, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui le dis, que c’est lui ! C’est sans doute un peu comme un comédienne transcendée par son personnage. Evidemment, je ne vais pas te dire que je joue le rôle de Brel, loin de là. En tout cas, par ses chansons, par tout ce qu’il nous laisse, c’est vrai que Jacques Brel s’invite souvent sur scène dans ce spectacle. Propos recueillis par Jacques Perciot
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