| France Léa |
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Parce que je n’exprime pas tout à fait la même chose dans l’un et l’autre. Pour moi ils sont complémentaires. Je suis énormément pudique, mes textes un peu drôles me permettent d’avoir un peu de recul par rapport à des choses qui me tiennent à cœur. J’ai besoin de cette dimension d’humour et puis aussi du chant « tout bête ». J’essaie de faire l’unité avec moi-même en chantant et en parlant. Sur scène, vous dégagez une très belle énergie... Vous faites du bien ! Je suppose qu’on a dû vous le dire souvent... Oui ! C’est ma récompense. Des gens me disent qu’ils se sont un peu forcés à venir, qu’ils avaient un peu la flemme, ou qu’ils n’allaient pas très bien. Et ils repartent réconciliés avec la vie. C’est ma récompense, vraiment. La chanson, que peut-elle faire pour le monde ? La poétesse Marie-Noëlle dit que chanter est une belle façon de pleurer... Je trouve ça magnifique ! Effectivement, à partir du moment où notre peine est chantée, elle a moyen de s’envoler et de partir au ciel. Parce que la voix chantée s’élève, la voix parlée beaucoup moins. La peine chantée est immédiatement quasiment consolée. De plus, elle est partagée, parce qu’on chante souvent avec d’autres. Ce que je ressens, c’est que je peux dans le même temps exprimer ma peine et m’en soulager. C’est fort ! Pour m’inspirer du titre et du sujet de votre nouveau spectacle : vous sentez-vous bien dans le rôle de France Léa ? Toute ma vie, j’ai eu l’impression de n’être pas tout à fait moi-même, que chacune de mes paroles me trahissait. C’est pour ça que j’aime beaucoup la parole poétique. Elle est polysémique, on peut dire beaucoup en peu de mots. Dans le spectacle, je cite une parole magnifique de Francis Thomson : « Qui cueille une fleur dérange une étoile ». En quelques mots, tout est dit de notre relation au cosmos. J’ai toujours eu l’impression que les mots me trahissaient, trahissaient un être en moi qui ne peut pas se dire avec des mots. L’impression qu’un silence, un silence habité, un silence présent, transcrivait mieux tout ce que je pourrais dire. Et ce qui est le plus proche du silence, c’est le chant et la parole poétique. Le discours s’adresse au mental, qui est déjà tellement sollicité. Le chant et la parole poétique s’adressent au cœur, à l’âme. C’est pour ça qu’on va au spectacle vivant, pour être touché de ce côté-là. Notre cerveau est en passe d’éclater, notre cœur et notre âme refont leur nourriture dans la chanson, dans le poème. Une petite sagesse pour la route ? Elle est de Novalis : « Le paradis est dispersé sur toute la terre c’est pourquoi on ne le reconnaît plus, il faut réunir ses traits épars ». Propos recueillis par Jacques Perciot |
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