Yves Borowice

 

Yves BorowiceYves, c’est plutôt rare un historien qui s’intéresse à la chanson. Comment ça t’est venu ?

Ceci relève du « misérable petit tas de secrets » qui, selon Malraux, constitue un homme ! Dans ma jeunesse, les artistes s’appelaient Brassens, Ferré, Barbara, Bécaud ou Nougaro, puis à l’adolescence Le Forestier, Lavilliers, Annegarn… Pour quelques francs, on pouvait aller écouter Magny, Béranger ou Bertin à la MJC du coin, puis se gaver à la télé de Dalida, Delpech, Dassin ou même Tino ! J’ai compris très tôt, en fréquentant des réfugiés chiliens, que la chanson est porteuse de multiples significations. Bien plus tard, j’ai décidé de l’étudier comme source de connaissance du passé – je dis bien source et non simple « reflet de l’époque ». Et, jusqu’à présent, la chanson ne m’est pas « devenue infidèle », comme le craignait Mouloudji dans sa Grange-aux-Belles

Christian Marcadet et toi animez un séminaire à la Sorbonne. Quel est le principe ?

Ce séminaire est un lieu de réflexion interdisciplinaire – le seul en France – qui fédère des spécialistes ou des chercheurs qui ont, à un moment donné, travaillé sur la chanson. S’y expriment des historiens, sociologues, linguistes, musicologues, etc. Mais aussi des gens « de métier » (Gilbert Laffaille, Pierre Philippe, Marcel Amont...). Nous tentons de combler partiellement un vide scandaleux : un étudiant féru de cinéma ou de danse trouvera des départements universitaires dédiés à ces arts. Sur la chanson : rien ! Au passage, merci au Petit Format d’annoncer ses conférences.

Et ce livre Les Femmes de la chanson paru chez Textuel, tu peux nous en parler ?

Il s’agit d’un « beau livre » écrit par une phalange de connaisseurs pointus que j’ai dirigée : 200 portraits, du Second Empire à nos jours. Un outil de savoir rigoureux, mais aussi un hommage au « deuxième sexe », dont l’apport à la chanson est souvent minoré. On y trouvera de nombreuses femmes que la mémoire collective avait ensevelies dans l’oubli. Le spectre chronologique et professionnel (avec des auteures, des compositrices, des médiatrices…) étant très vaste, la sélection a été difficile. Mais nous avons tenu à présenter l’éventail le plus large possible, sans parti pris. Parmi les premiers lecteurs, quelques esprits chagrins s’en sont émus : quoi, Catherine Ribeiro côtoyant Rika Zaraï, Anne Sylvestre en compagnie d’Annie Cordy ! Un sectarisme qui marche d’ailleurs dans les deux sens. Michèle Bernard ? Pas assez connue ! Dorothée ? Trop commerciale ! Mais la réception du livre est globalement très élogieuse.

Propos recueillis par Didier Desmas