| Marie-Paule Belle |
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Docteur en psychologie, oui ! J’ai bien fait de ne pas m’obstiner... C’est vrai que j’ai toujours eu un côté rebelle, indépendant, mais c’est un devoir d’affirmation quand on est adolescent. Disons que j’ai prolongé mon adolescence. Je pense que ce titre est tout à fait justifié par rapport au concept de cet album. Les femmes se sont endormies, il faut qu’elles se réveillent. Sur la pochette, on voit deux femmes sur le point de s’embrasser. C’est la princesse charmante qui réveille la belle. Je trouve qu’on a régressé sur le féminisme et sur la place de la femme dans la société. Je leur dis « réveillez-vous » sans être, je l’espère, ni ennuyeuse, ni lourde, ni donneuse de leçons. Autour de ce même thème de la rébellion sont réunies des chansons quelquefois graves, quelquefois mélancoliques, quelquefois humoristiques. La chanson qui ouvre l’album : Celles qui aiment elles, c’est votre coming out ? Non, parce que tout le monde sait que je suis homosexuelle. Pas forcément le grand public... Peut-être... Dans les années 70, en tout cas, le grand public le savait quand je vivais avec Françoise Mallet-Joris. Depuis j’ai vieilli et puis je ne suis pas du genre à mettre mon homosexualité, ou quoi que ce soit d’autre, en avant. Je le fais pour défendre une opinion politique, par exemple, sinon, je reste tranquille. Je ne suis pas de celles qui vont déployer des banderoles. Je suis allée soutenir des manifestations au moment où c’était indispensable : autour du procès de Bobigny, derrière Gisèle Halimi, autour de la loi Veil. Ma démarche aujourd’hui, ce n’est pas un coming out, c’est de la sincérité, un besoin de transparence par rapport à la souffrance de tant de femmes – et d’hommes, d’ailleurs – qui m’écrivent des lettres. Je reçois des témoignages extrêmement douloureux. Voilà pourquoi je chante une chanson comme Celles qui aiment elles. Une surprise : peu de chansons « trépidantes » dans cet album... Oui, par rapport à l’image qu’on a de moi, sautillante sur un tabouret, échevelée... C’est sûr que c’est un peu plus calme, mais, vous savez, j’ai pris un peu d’âge et puis des chansons comme Solution radicale ont quand même une grande dose d’humour. C’est un humour plus tranquille, vous avez raison. Pour ceux qui voulaient absolument me retrouver dans ce côté sautillant, j’ai quand même écrit une chanson un peu excitée, complètement disjonctée, Hobbies de famille, en clin d’œil à ce que j’ai été. On y reconnaît bien votre « patte » de mélodiste, vous êtes d’accord ? Je me rends pas compte du tout ! Pas mal de personnes m’ont déjà dit ça, mais moi je ne me rends pas compte en quoi c’est particulier. Quelquefois, j’ai l’impression que c’est même trop évident. Ça me fait plaisir qu’on reconnaisse ma « patte », mais je suis incapable de l’analyser. Peut-être parce que j’aime bien alterner le mode majeur/mineur dans une même chanson. Peut-être dans des changements de tonalités qui se ressemblent un peu. On se répète toujours un peu. J’espère que ce n’est pas de la monotonie et qu’il y a encore des surprises. On y trouve un texte du très regretté Michel Grisolia... Oui, Comme dans les films italiens. C’est la dernière chanson qu’on a écrite ensemble. Comme il était critique de cinéma qu’il a écrit des scenarii de films, qu’il a travaillé avec les plus grands metteurs en scène : Corneau, Téchiné, Granier-Deferre, il m’a passé sa passion pour le cinéma depuis l’enfance. J’ai toujours adoré ce texte. J’avais mis une musique qui lui plaisait et, si la chanson est sur l’album, c’est pour qu’il soit encore un peu avec nous. Et un texte de Françoise Mallet-Joris... Le texte de Françoise, je l’avais depuis deux ans dans mes tiroirs. On n’a pas écrit de chansons récemment ensemble, parce qu’elle s’est surtout consacrée au roman qui va sortir prochainement. Celle-là, Les vieux qui dansent, me plait beaucoup. C’est une très belle allégorie de la mort, un texte très poétique. Et aussi des textes d’une nouvelle venue, Dominique Valls... Vous nous la présentez ? On s’est rencontrées par notre éditeur commun, Max Amphoux, qui nous a quittés, hélas. Elle cherchait des compositeurs pour un spectacle pour enfants qu’elle venait d’écrire. Moi, je ne voulais absolument pas travailler pour les enfants. Quand j’ai vu l’intelligence, la drôlerie, la pudeur, la délicatesse de son écriture, de l’émotion profonde à la folie complète, j’ai dit d’accord ! En travaillant sur ce spectacle, qui sera monté prochainement, on s’est dit pourquoi on essaierait pas d’écrire des chansons ensemble ? Et elle a signé six des onze chansons de l’album. Vous vous renvoyez la balle, comme avec tous vos auteurs de prédilection ? Absolument, elle m’envoie des mails, on se voit beaucoup. Quand on est ensemble elle me donne des bouts de textes sur une feuille de papier. Je lui parle de ce que j’aimerais chanter, des thèmes qui me viennent à l’esprit. C’est comme ça que je lui ai demandé d’écrire un texte sur les femmes qui aiment les femmes. Je lui ai aussi demandé d’écrire sur la violence faite aux femmes. Quand je suis allée chanter, il y a quelques mois, en Arabie Saoudite, j’ai été tellement choquée de voir ces femmes soumises, qui n’ont que le droit de se taire... Ça m’a rendue folle de colère. Quand je suis rentrée, Dominique travaillait sur la chanson Assez et je lui ai demandé d’être encore plus violente et elle a fait quelques retouches. On travaille de la même façon qu’avec Françoise et Michel Grisolia. C’est un album estampillé Aka Music, c’est-à-dire que vous avez trouvé ses producteurs sur la toile... Racontez-nous ! Oui, c’est la première fois que je fais ça et c’est extraordinaire, parce que c’est une très grande liberté de création. J’ai tout choisi, les personnes avec qui je voulais travailler, au niveau des arrangements, au niveau de la prise de son, du graphisme de la pochette... le chef de production m’a été présenté par la maison de disques, mais pour le reste, j’ai décidé de tout moi-même, comme si j’étais producteur délégué et ça, c’est très intéressant. Les producteurs, ce sont 796 inter-nautes qui ont donné chacun entre 5 et 3 000 euros. C’était très excitant : ils s’écrivaient des mails, il y avait un buzz terrible ! Si bien qu’on a réuni la moitié de la somme en deux, trois jours. Petit rappel de vos tout débuts, Marie-Paule ? A l’époque, il y avait des radio et des télé-crochets. J’ai gagné la finale annuelle de Télé Monte-Carlo. Le prix, c’était l’enregistrement d’un 45 tours deux titres chez CBS. Après ma licence de psycho, je suis venue à Paris pour terminer mes deux certificats de maîtrise et j’ai commencé à l’Ecluse en 1970. L’Ecluse où, avant vous, a débuté Barbara... Vous lui rendez hommage à travers un spectacle... Cet hommage à Barbara, je voulais le faire de son vivant. J’ai dû attendre un peu après son départ, je ne voulais pas donner l’impression de profiter de sa mort. Quand les producteurs m’ont proposé de monter ce spectacle, j’ai dit oui au bout de deux ans et demi. Mais son public était encore dans le deuil et j’avais très très peur. Je me disais « ça passe ou ça casse ». J’ai eu la chance que cela se passe formidablement bien. Il y a plus de quatre ans que je tourne avec ce spectacle. Et on me le réclame toujours. C’est la raison pour laquelle j’ai créé De Belle à Barbara, qui fait la synthèse entre l’univers de Barbara et le mien. Je chante les chansons les plus marquantes de Barbara et, dans la partie « Belle », je chante à la fois les nouvelles chansons et les anciennes, pour que mon public s’y retrouve. Avec ce spectacle, j’ai encore des dates jusqu’à l’été prochain et peut-être au-delà. Je pense que je vais enlever progressivement les chansons de Barbara pour faire un spectacle vraiment Marie-Paule Belle. L’idée d’une retraite vous effleure-t-elle ? Il y aura bien un moment, pas si lointain que ça, où je devrai songer à arrêter. Je n’ai pas envie de chanter jusqu’à 75 ou 80 ans. Pas facile, pour une femme d’apparaître voûtée, toute ridée... Pour l’instant, j’ai la chance d’avoir une voix qui n’a pas bougé et une bonne forme physique. Je crois que je peux tenir encore quatre, cinq ans. Après, je vais voir... Je ferai peut-être mes adieux. http://mariepaulebelle.fr Propos recueillis par Jacques Perciot |
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